ELIE,OU LA VRAIE VIE D'UN PAYSAN PERIGOURDIN

DANS LA PREMIERE MOITIE DU 20ème SIECLE








Elie DESMOULIN, mon pépé, est né le 29 Septembre 1876 à BIRAS (Dordogne), fils de DESMOULIN François et de NEGRIER Marie. C'était un homme calme, fort, grand, lent, respectueux des autres; il se fâchait très rarement. Je ne me souviens pas qu'il ait élevé la voix contre moi.
Il ne savait ni lire, ni écrire, ni compter.

L'ENFANCE

Très jeune, (peut-être dès 11 ans), il avait été placé comme "valet" dans les fermes. Il en gardait un souvenir amer; il avait ressenti ce qu'était l'exploitation de l'enfant que l'on employait avec le gîte et le couvert comme seul salaire, le repas froid qu'on lui porte au bout du champ afin qu'il ne perde pas de temps en revenant manger à la maison du maître.
Il me racontait souvent des histoires de ce temps là, mais, malheureusement, mes pensées vagabondaient ailleurs et je n'ai pas su en retenir ce qui aurait pu faire l'objet de lignes superbes. J'en ai toutefois déduit qu'il n'était pas passé à travers ces épreuves sans qu'elles l'aient marqué.

LE MARIAGE


Le 13 Avril 1901, à Chancelade, il a épousé MINARD Jeanne, "dite Zélie", née le 21 Janvier 1882 à Chancelade, fille de MINARD Sicaire et de FAVARD Marguerite.
De cette union sont nés :Elise, le 17 Février 1905, Emile, le 20 Avril 1907 et André (Marius) le 21 Juillet 1912.
Marié, il s'est retrouvé à Chercuzac, commune de Chancelade où il extrayait et transportait l'argile des "crozes" pour les besoins de la briquetterie locale.
En 1913,il prit la succession de ses parents dans la petite ferme de La Baucherie. L'acte de succession stipulait qu'il paierait la part de ses 5 frères et de sa soeur à la mort de son père. Mais une dure épreuve imprévue l'attendait un an plus tard: la guerre et la mobilisation générale.





Il laissait à la ferme sa femme Zélie, sa fille et ses deux fils. Sur la photo, prise en 1915, les enfants ont 10ans,7ans et 3 ans. Elodie, soeur de Zélie est derrière.
Pour cette femme, la tâche était rude. Ce fut le cas de presques toutes les femmes à la campagne: prendre en responsabilité la petite exploitation, s'occuper des enfants, gérer le quotidien.... Sa campagne de la guerre de 14 a été un grand moment. Il s'occupait de chevaux, pour transporter le ravitaillement. M'aurait-il dit qu'il est allé à Salonique, ou l'ai-je rêvé?
Ce qui est sûr, c'est qu'il a fait la campagne d'Italie sur les bords du LAC DE GARDE.
C'était un homme qui parlait peu. Quand on lui posait des questions, il ne s'étendait pas sur la réponse. Elle était brève, concise, sans chercher toutefois à l'éluder.
Il était très fort physiquement.

LA CONDITION DE PAYSAN.

Sur ces terres "lourdes" caillouteuses, l'autarcie était la pratique essentielle. Aussi, pour avoir quelque peu d'argent, au retour de la guerre, Elie entreprit de dresser les jeunes boeufs au labour. Il fallait leur faire accepter le "joug", les faire passer de l'état naturel à l'état domestiqué. Quand ils étaient bien dressés, "dociles", il allait les vendre dans les divers marchés à bestiaux: Négrondes, Thiviers, et je crois avoir encore dans l'oreille le nom de Temple-Laguyon. C'était une expédition de quelque 30 km. Il partait dans la nuit pour être au marché vers 10-11h, vendait ses bêtes et s'il en trouvait, en achetait de nouvelles qui allaient subir le même apprentissage. Il revenait encore dans la nuit. Un jour, il fut attaqué par un individu qui en voulait à sa bourse. Sa force eut raison de l'individu qui battit en retraite. C'était chose courante. Il y a d'ailleurs un coin qui s'appelle "Curebourse" en allant vers Lisle.
Quand je l'aidais à mettre le joug sur la tête des vaches, il me disait souvent;"Tu sais, petit, quand j'étais plus jeune, un taurillon ne me faisait pas peur. Je l'attrapais par les deux cornes, je lui coinçais le mufle entre mes genoux et je lui parlais calmement pour lui montrer que je ne voulais pas lui faire de mal. Petit à petit il se calmait et prenait l'habitude d'être tenu. Ainsi, j'arrivais à le familiariser avec le joug et à le dresser pour les travaux des champs.

LE TRAVAIL DE LA TERRE



Cette petite exploitation avait environ 9 hectares composés de terres, vignes, prairies, bois et friches. Les vaches étaient à la fois animaux de trait, de production de veaux et de lait. L'étable pouvait en contenir 4.

LES LABOURS
Après la pluie, il fallait attendre que cette terre argileuse se ressuie et commencer les labours avant qu'elle ne soit trop sèche et dure. Le travail se faisant à la vitesse des vaches, cela signifie que les surfaces travaillées étaient réduites.
On commençait par préparer l'attelage dans la cour de la ferme: mettre le joug aux deux vaches. Ce travail demandait de la force, les longues lanières de cuir devant être bien serrées pour tenir. Et on partait pour le champ. Zélie était devant pour guider, Elie derrière avec la "guillade" (long bâton muni d'un aiguillon)
(chapitres à venir:)

    LE TRAVAIL DE LA TERRE
    Labours - Semailles - Façons culturales - Les productions - Récolte - Moissons -
    Battage - Fauchage - Fenaison.

    LES ANIMAUX
    Bovins - Ovins - Volailles - Porcs

    ON TUE LE COCHON
    VENTE DES PRODUCTIONS
    LE PROBLEME DE L'EAU
retour aux ancêtres x»ÜB$x»ÜB$//